Nous arrivons à Diyarbakir, ville kurde (bien que le Kurdistan n'existe pas, les kurdes, eux existent) par la 2 fois 2 voies habituelle qui traverse la ville nouvelle c'est-à-dire des immeubles récents à perte de vue, habités ou encore en construction. Nous roulons jusqu'à la vieille ville ceinte de remparts sombres et massifs en basalte avec quatre portes d'entrées aux quatre points cardinaux et nous garons rapidement car la circulation est dense, klaxonnante, et impatiente.

Nous découvrons en flânant dans les rues animées, cette ville très orientale : des hommesDans_la_rue___Diyarbakir portent le pantalon large à l'entrejambe, un petit gilet, une veste et sur la tête un foulard mauve, des femmes âgées sont habillées avec la tenue kurde qui ressemble à celle des photos anciennes des femmes algériennes dans les villages, d'autres portent le tchador.

La ville est un vrai centre commerçant avec des magasins ou des vendeurs ambulants de fruits et légumes, de fromage (en miettes, moulés artisanalement en petites boules ou en tresse, aux herbes), d'olives,de viande,de vaisselle, de tissus, … Nous parcourons le bazar et y trouvons du tabac vendu en vrac,au poids, goût Pall Mall ou Malboro.

Nous montons nous promener sur les remparts et découvrons à l'extérieur, les quartiers de maisons pauvres à toits terrasse qui s'étalent dans la plaine du Tigre que l'on voit au loin. Nous déjeunerons en ville de döner et d'Ayran (yaourth salé) et évidemment je craquerai pour des baklavas à la pistache que nous mangerons sur un banc, dans la rue, en regardant les passants.

Puis nous décidons de remonter vers le nord plutôt que de faire le grand tour jusqu'à la frontière arménienne. Il faut économiser sa monture, et je ne parle pas que du camion parfois fort secoué par quelques routes qui semblent abandonnées à elles mêmes, mais aussi de nous qui avons besoin d'un break de tranquillité.

Nous traversons une première barrière montagneuse parfois sous la pluie : il faut dire que contrairement à ce que j'avais imaginé avant le départ, dans la Turquie de l'est, le temps est plus frais que chez nous du fait de l'altitude, et de la continentalité, il pleut un peu presque tous les jours et le ciel est souvent nuageux ; donc la végétation n'est pas plus avancée qu'en France. A Erzurum où nous ferons une halte, nous sommes à 1950 m d'altitude, environnées de sommets enneigés à plus de 3000 m et du centre ville nous apercevons les remontées mécaniques d'une station de ski.

Col_Ovitdagi_Ge_idi_2600_mDernière barrière montagneuse à franchir avant la mer noire, le Karadeniz Daglari avec un col à 2600 m. Nous faisons une halte à Ispir, petit bourg de montagne et en repartons tôt le lendemain matin. La route serpente pendant des kilomètres avec des pentes qui sont de plus en plus enneigées jusqu'à recouvrir presque complètement les maisons aux abords du col. Des murs de neige plus hauts que le camion bordent la route qui n'est plus qu'à une voie par moment. Magie des monts enneigés tout autour de nous avec la chance de voir ce paysage sous le soleil.Au_col

Alors que nous sommes à mi-chemin de la descente vers Rize sur la mer noire, arrêtées au bord d'un torrent pour une pause, nous avons la visite de deux jeunes cyclotouristes français qui s'apprêtent à faire la montée. Nous invitons Stéphanie et Julien (26 ans) à prendre un chocolat chaud dans le camion et nous sommes tous contents et curieux de parler de nos voyages. Evidemment pour nous se mêle beaucoup d'admiration pour l'exploit physique qu'ils réalisent et aussi pour les conditions précaires de leur vie quotidienne (il faut être jeune !).

Ils sont partis de Bruxelles où ils habitent, au mois de septembre et ont roulé dans des conditions difficiles pendant l'hiver à cause de la neige et de températures parfois bien en dessous de zéro. Ils sont allés en Syrie et sont remontés à Trabzon en Turquie pour obtenir leur visa pour Julien_et_St_phanieentrer en Iran. Il ont l'intention de rouler jusqu'en Chine. Ils nous racontent les fréquentes invitations à dormir chez les habitants (quelquefois même l'envie de s'y soustraire pour se reposer des contacts), l'hospitalité syrienne, leurs rencontres, le problème de tendinite au genou de Julien qui les a fait rester 3 semaines à Trabzon. Nous passons un bon moment ensemble et nous repenserons et reparlerons souvent d'eux et de leur aventure.

Ce matin à Persembe sur la mer noire, alors que je dors encore, Sylvie se fait inviter chez un couple à prendre un petit déjeuner. Il est 7 heures. L'hospitalité turque commence tôt le matin !!

D, Persembe, 7 mai

PS : le blog de Stéphanie et Julien : www.lemicronomade.jimbo.com